Réchauffement: après le rapport Stern, la Grande-Bretagne donne l'impulsion
LONDRES (AFP)

Image satellite montrant la calotte glaciaire réduite le 29 septembre 2005© AFP/NASA/Archives
La Grande-Bretagne s'est placée mardi en pointe des nations soucieuses de se mobiliser pour endiguer le réchauffement climatique, en appelant à la signature d'un accord global pour réduire les émissions de dioxyde de carbone dans les deux ans.

Lundi, Sir Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, avait prévenu dans un rapport que si la communauté internationale ne se mobilisait pas rapidement, le réchauffement climatique pourrait causer une récession économique "d'une ampleur catastrophique".

Particulièrement incités à réduire leurs émissions polluantes, la Chine, l'Inde et les Etats-Unis sont restés silencieux mardi. Un signe des difficultés qui attendent le gouvernement britannique de Tony Blair, lequel avait mandaté le rapport Stern début 2005, pour imposer ses vues.

Au plan national, le ministre britannique de l'économie Gordon Brown a déjà annoncé une loi sur les changements climatiques avec un nouvel objectif de 60% de réduction des émissions de dioxyde de carbone d'ici 2050, appelant à la naissance d'une "économie mondiale à faible teneur en dioxyde de carbone".

Le ministres de l'économie britannique Gordon Brown (g) s'exprime lors d'une conférence de l'économiste Nicholas Stern (c), en présence du Premier ministre Tony Blair, le 30 octobre 2006 à Londres© AFP/WPA Pool Kieran Doherty

Mais M. Blair entend mener campagne internationalement pour trouver un nouvel accord susceptible de prolonger le protocole de Kyoto, qui viendra à expiration en 2012. Conclu en décembre 1997 et entré en vigueur en février 2005, il impose des réductions d'émissions des gaz à effets de serre.

Le Premier ministre doit entamer ses démarches dès vendredi, lors d'une réunion à Londres avec la Chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays assurera les présidences de l'Union européenne et du G8 en 2007. M. Blair espère qu'un nouvel accord puisse être conclu plus rapidement que le protocole de Kyoto et ne connaisse pas le même sort.

Les Etats-Unis ont signé celui-ci sans le ratifier. La Chine et l'Inde l'ont ratifié, mais ne sont pas soumises à des quotas sur les émissions des gaz à effets de serre, qui ne s'imposent qu'aux pays industrialisés et non à ceux en développement.

La réaction de l'Australie, seul autre pays à ne pas avoir ratifié le protocole, montre ainsi combien le sujet est épineux. "La raison pour laquelle nous ne signerons pas le protocole de Kyoto sous sa présente forme est qu'il n'intègre pas tous les principaux" pollueurs, a déclaré le Premier ministre australien John Howard.

"Vous ne pouvez pas avoir une réponse efficace au réchauffement climatique si tous les coupables ne sont pas pris dans les mailles du filet. Kyoto n'impose pas à des pays comme la Chine ou l'Inde les obligations qu'il aurait imposées à l'Australie", a-t-il ajouté.

La plupart des autres acteurs mondiaux ont salué le rapport Stern, selon lequel le réchauffement de la planète pourrait se traduire par un "ralentissement très grave" de l'économie mondiale pour un coût estimé à plus de 5.500 milliards d'euros.

La France s'est dite en "plein accord" avec les conclusions du rapport et s'est engagée à défendre la position britannique lors de la conférence des Nations Unies sur le climat du 6 au 17 novembre à Nairobi.

Le Japon s'est également félicité de cette publication. "Avec ce genre de rapport, nous pouvons partager l'information entre pays et ainsi améliorer la prise de conscience (des risques) du réchauffement climatique dans le monde", a déclaré à l'AFP un haut responsable du ministère de l'Environnement.

L'Italie s'est faite l'écho de ce jugement. "Les conclusions de ce rapport imposent un changement de cap au monde politique", a commenté le ministre de l'Ecologie Alfonso Pecorario Scanio. "Le fait de traduire en coûts et en impacts financiers les problèmes de changement climatique, produit son effet même sur le gouvernement le plus récalcitrant".

La presse mondiale a elle continué à pointer du doigt les principaux pollueurs. "Cette vision audacieuse doit avoir le soutien de tous. Les Etats-Unis et les pays en développement comme la Chine ne doivent plus se taire sur la question de la protection environnementale", a notamment écrit le quotidien de centre-gauche Frankfurter Rundschau.