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vendredi 17 novembre 2006 à 14:24 :: Actualités
Ségolène Royal remporte l'investiture socialiste
La Presse
Paris
Ségolène Royal a franchi un pas important dans son
ambition de devenir la première présidente de France en étant désignée
hier dès le premier tour comme la candidate du Parti socialiste.
C'est la première fois que l'un des partis majeurs français propose une femme pour la plus haute fonction du pays.
«
Je vis intensément ce moment de bonheur », a déclaré la politicienne de
53 ans, tout en promettant de ne pas décevoir les militants socialistes.
« La France est en train d'écrire une nouvelle page de son histoire »,
a indiqué Mme Royal, qui s'était retirée à Melle, dans la région de
Poitou-Charentes, pour suivre le déroulement de la soirée, plus rapide
que prévu.
Le Parti socialiste avait prévenu qu'il faudrait attendre jusqu'au petit matin pour savoir si un second tour serait nécessaire.
Le
porte-parole de Ségolène Royal, Jean-Louis Bianco, a cependant précisé
dès 23h que la candidate, largement en avance dans les sondages, avait
remporté la mise.
Des médias français ont ensuite annoncé
qu'elle avait remporté entre 55 et 60% des voix à l'issue du scrutin,
marqué par un taux de participation «historique» de 82%.
Le
porte-parole du parti pour la soirée, Stéphane Le Foll, a mis
officiellement fin au suspense vers minuit et demi en déclarant, sans
avancer de chiffres, que Ségolène Royal serait la candidate des
socialistes lors de la présidentielle, prévue en avril 2007.
«La
tendance est claire et nette», a indiqué M. Le Foll au siège du parti,
rue Solférino, devant un parterre de journalistes venus des quatre
coins de la planète.
Les résultats disponibles au moment de
mettre sous presse, quasi définitifs, plaçaient la gagnante à 60,6% des
voix. Elle était suivie par l'ex-ministre des Finances, Dominique
Strauss-Khan, avec 20,8% des voix. L'ex-premier ministre Laurent Fabius
est arrivé troisième avec 18,5% des voix.
«Si les militants ont
voté si fort (en faveur de Ségolène Royal), c'est qu'ils ont senti
qu'elle est portée par la population... Elle a gagné haut la main», a
indiqué au milieu de la nuit l'ex-ministre socialiste Jack Lang, qui
s'était retiré de la course à l'investiture au dernier moment en se
ralliant à la candidate.
Le vote des 220 000 adhérents,
comprenant un tiers de nouveaux venus, s'est déroulé de 16h à 22h dans
les 4000 sections du parti à travers le pays sans qu'aucun incident
majeur ne soit signalé.
Il semble que les sondages suggérant que
la politicienne était la seule candidate socialiste en mesure de faire
face en 2007 au favori de la droite, l'actuel ministre de l'intérieur
Nicolas Sarkozy, ont pesé lourdement en sa faveur hier.
À la
sortie du bureau de vote du Parti socialiste dans le 4e arrondissement,
rue François Miron, la quasi-totalité des partisans de Ségolène Royal
interrogés par La Presse ont évoqué ce facteur parmi les éléments qui
ont conditionné leur décision.
«C'est la seule qui peut battre
la droite», a indiqué Jean-Pierre Maigret, un partisan socialiste de
longue date qui a repris sa carte du parti après de longues années pour
pouvoir voter pour la favorite. Il estime que son approche apporte un
vent de renouveau, contrairement aux autres candidats. «Ça fait 30 ans
que j'entends les mêmes vieux éléphants tenir les mêmes discours»,
dit-il. «C'est la mieux placée pour battre Sarkozy» a indiqué
Jean-Michel Louiche, un nouvel adhérent qui assure que les «Français
ont besoin de changement.»
Le vote d'hier marquait
l'aboutissement d'une campagne de six semaines durant laquelle les
candidats socialistes ont participé à trois débats publics retransmis Ã
la télévision nationale ainsi qu'à trois débats devant les militants.
Ce
mode de désignation, plus transparent que celui traditionnellement
utilisé par le parti, a reçu un écho largement positif dans la
population.
Bien que les débats se soient déroulés dans
l'ensemble sans acrimonie, les relations s'étaient tendues au cours de
la dernière semaine entre les candidats. Cette tension était palpable
hier dans la réaction des opposants de Ségolène Royal, qui misaient sur
un second tour pour causer la surprise. Les lieutenants des deux hommes
- qui n'avaient pas réagi personnellement au moment de mettre sous
presse - ont salué sa victoire tout en soulignant qu'il revenait à la
nouvelle championne socialiste de rapprocher les différentes factions.
Mme
Royal a fait écho à ces préoccupations en soulignant, dans ses
premières déclarations, que «l'heure est au rassemblement». Elle avait
prévenu plus tôt dans la journée, dans une vidéo transmise par courriel
à ses sympathisants, qu'il était important de voter massivement en sa
faveur au premier tour pour ne pas permettre à la droite de la
présenter comme «la candidate minoritaire» des socialistes.
Lors
d'un déplacement en Algérie cette semaine, Nicolas Sarkozy s'était dit
favorable à un affrontement avec Ségolène Royal en mettant en doute sa
capacité à rassembler la gauche lors de l'élection présidentielle. Le
ministre de l'Intérieur, qui devrait normalement être plébiscité en
janvier comme le candidat du principal parti de droite du pays, l'Union
pour un mouvement populaire, doit jongler avec la possibilité de
candidatures émanant de son propre camp.
Une telle division
pourrait faire le jeu du Front national, qui avait réussi, contre toute
attente, à se rendre au second tour des élections présidentielles de
2002 en profitant de la dispersion des voix parmi les partis de gauche.
Emmanuelle
Parizot, une militante de gauche de longue date qui a décidé de prendre
sa carte du Parti socialiste pour appuyer Ségolène Royal, est
convaincue que les candidats du Parti socialiste et de l'UMP vont se
retrouver face à face au second tour... et que sa favorite gagnera.
«Les Français ont retenu la leçon de 2002. Sinon, il faut désespérer du
pays et partir vivre ailleurs», dit Mme Parizot.