Ségolène Royal remporte l'investiture socialiste

La Presse

Paris

Ségolène Royal a franchi un pas important dans son ambition de devenir la première présidente de France en étant désignée hier dès le premier tour comme la candidate du Parti socialiste.

C'est la première fois que l'un des partis majeurs français propose une femme pour la plus haute fonction du pays.

« Je vis intensément ce moment de bonheur », a déclaré la politicienne de 53 ans, tout en promettant de ne pas décevoir les militants socialistes.

« La France est en train d'écrire une nouvelle page de son histoire », a indiqué Mme Royal, qui s'était retirée à Melle, dans la région de Poitou-Charentes, pour suivre le déroulement de la soirée, plus rapide que prévu.

Le Parti socialiste avait prévenu qu'il faudrait attendre jusqu'au petit matin pour savoir si un second tour serait nécessaire.

Le porte-parole de Ségolène Royal, Jean-Louis Bianco, a cependant précisé dès 23h que la candidate, largement en avance dans les sondages, avait remporté la mise.

Des médias français ont ensuite annoncé qu'elle avait remporté entre 55 et 60% des voix à l'issue du scrutin, marqué par un taux de participation «historique» de 82%.

Le porte-parole du parti pour la soirée, Stéphane Le Foll, a mis officiellement fin au suspense vers minuit et demi en déclarant, sans avancer de chiffres, que Ségolène Royal serait la candidate des socialistes lors de la présidentielle, prévue en avril 2007.

«La tendance est claire et nette», a indiqué M. Le Foll au siège du parti, rue Solférino, devant un parterre de journalistes venus des quatre coins de la planète.

Les résultats disponibles au moment de mettre sous presse, quasi définitifs, plaçaient la gagnante à 60,6% des voix. Elle était suivie par l'ex-ministre des Finances, Dominique Strauss-Khan, avec 20,8% des voix. L'ex-premier ministre Laurent Fabius est arrivé troisième avec 18,5% des voix.

«Si les militants ont voté si fort (en faveur de Ségolène Royal), c'est qu'ils ont senti qu'elle est portée par la population... Elle a gagné haut la main», a indiqué au milieu de la nuit l'ex-ministre socialiste Jack Lang, qui s'était retiré de la course à l'investiture au dernier moment en se ralliant à la candidate.

Le vote des 220 000 adhérents, comprenant un tiers de nouveaux venus, s'est déroulé de 16h à 22h dans les 4000 sections du parti à travers le pays sans qu'aucun incident majeur ne soit signalé.

Il semble que les sondages suggérant que la politicienne était la seule candidate socialiste en mesure de faire face en 2007 au favori de la droite, l'actuel ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy, ont pesé lourdement en sa faveur hier.

À la sortie du bureau de vote du Parti socialiste dans le 4e arrondissement, rue François Miron, la quasi-totalité des partisans de Ségolène Royal interrogés par La Presse ont évoqué ce facteur parmi les éléments qui ont conditionné leur décision.

«C'est la seule qui peut battre la droite», a indiqué Jean-Pierre Maigret, un partisan socialiste de longue date qui a repris sa carte du parti après de longues années pour pouvoir voter pour la favorite. Il estime que son approche apporte un vent de renouveau, contrairement aux autres candidats. «Ça fait 30 ans que j'entends les mêmes vieux éléphants tenir les mêmes discours», dit-il. «C'est la mieux placée pour battre Sarkozy» a indiqué Jean-Michel Louiche, un nouvel adhérent qui assure que les «Français ont besoin de changement.»

Le vote d'hier marquait l'aboutissement d'une campagne de six semaines durant laquelle les candidats socialistes ont participé à trois débats publics retransmis à la télévision nationale ainsi qu'à trois débats devant les militants.

Ce mode de désignation, plus transparent que celui traditionnellement utilisé par le parti, a reçu un écho largement positif dans la population.

Bien que les débats se soient déroulés dans l'ensemble sans acrimonie, les relations s'étaient tendues au cours de la dernière semaine entre les candidats. Cette tension était palpable hier dans la réaction des opposants de Ségolène Royal, qui misaient sur un second tour pour causer la surprise. Les lieutenants des deux hommes - qui n'avaient pas réagi personnellement au moment de mettre sous presse - ont salué sa victoire tout en soulignant qu'il revenait à la nouvelle championne socialiste de rapprocher les différentes factions.

Mme Royal a fait écho à ces préoccupations en soulignant, dans ses premières déclarations, que «l'heure est au rassemblement». Elle avait prévenu plus tôt dans la journée, dans une vidéo transmise par courriel à ses sympathisants, qu'il était important de voter massivement en sa faveur au premier tour pour ne pas permettre à la droite de la présenter comme «la candidate minoritaire» des socialistes.

Lors d'un déplacement en Algérie cette semaine, Nicolas Sarkozy s'était dit favorable à un affrontement avec Ségolène Royal en mettant en doute sa capacité à rassembler la gauche lors de l'élection présidentielle. Le ministre de l'Intérieur, qui devrait normalement être plébiscité en janvier comme le candidat du principal parti de droite du pays, l'Union pour un mouvement populaire, doit jongler avec la possibilité de candidatures émanant de son propre camp.

Une telle division pourrait faire le jeu du Front national, qui avait réussi, contre toute attente, à se rendre au second tour des élections présidentielles de 2002 en profitant de la dispersion des voix parmi les partis de gauche.

Emmanuelle Parizot, une militante de gauche de longue date qui a décidé de prendre sa carte du Parti socialiste pour appuyer Ségolène Royal, est convaincue que les candidats du Parti socialiste et de l'UMP vont se retrouver face à face au second tour... et que sa favorite gagnera. «Les Français ont retenu la leçon de 2002. Sinon, il faut désespérer du pays et partir vivre ailleurs», dit Mme Parizot.