Le tourisme canton de vaud dort sur sa mine d’or
Par argent achat billet avion bas prix noel halloween, mercredi 29 novembre 2006 à 12:33 :: Voyages-vacances :: #1273 :: rss
Le tourisme vaudois dort sur sa mine d’or
RÉGIS COLOMBO- Notoriété à exploiter. Candidat au classement au Patrimoine mondial de l’Unesco, Lavaux offre finalement bien peu de possibilités d’hébergement et de découverte des produits du terroir. L’étude publiée hier par la Banque Cantonale Vaudoise redoute même une «désertification hôtelière» des campagnes.
«Yen a point comme nous!» La célèbre formule de Gilles, natif de Montreux, sonne singulièrement creuse et sans portée à l'ère du tourisme globalisé. Publiée hier, l'étude de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) consacrée à la branche dresse un bilan implacable. A l'échelle planétaire, l'attractivité de la Suisse ne cesse de dégringoler. Et si le secteur a repris des couleurs depuis 2002, le réveil en terres vaudoises se fait au ralenti. Pour preuve: le nombre de nuitées dans l'hôtellerie, en progression de 4,2% fin septembre dans le canton alors que la moyenne helvétique s'élève à 5,6%.
L'arc lémanique grand champion
Et les auteurs de l'enquête, Paul Coudret et Corinne Philippi de fustiger les blocages qui paralysent le tourisme vaudois. En premier lieu, un paysage extrêmement fragmenté. Alors que Vaud rassemble à lui tout seul une offre exceptionnelle qui fait dire aux professionnels que la région est «une Suisse en miniature», il se présente sans identité unifiée, sous vingt «marques» différentes, avec vingt offices du tourisme faisant leur propre promotion.
De quoi faire perdre son latin, par exemple, à un visiteur chinois désireux de se payer un séjour dans nos contrées. D'autant si ledit Chinois tente une réservation par internet. «Si 62% des hôtels vaudois disposent de leur site web, il n'existe aucun portail exhaustif. Contrairement à la Suisse allemande, notent les experts de l'étude BCV. De manière générale, les Vaudois résistent à l'innovation et cultivent un certain goût pour l'individualisme.»
Autre lacune: la méconnaissance de l'importance du tourisme, qui représente pourtant 7% du PIB cantonal et 9% des emplois selon les estimations du cabinet Rütter & Partner, contre 3% environ du PIB en Suisse. «A Lausanne, il s'agit du premier secteur économique, souligne Paul Coudret. Il faudrait enseigner cette matière dans les écoles, combler les lacunes statistiques et éduquer les gens à l'accueil.»
Des régions désertées par les touristes
Enfin, les écueils économiques. Surcapacité - 361 hôtels, soit un hôtel pour 1800 Vaudois - manque de rentabilité - 73% de l'offre d'hébergement dans le canton sont des établissements de moins de 50 lits, alors que c'est le seuil minimal de rentabilité -, restauration qui tire la langue - sur un franc de chiffre d'affaires, un centime de bénéfice - ou endettement, un hôtel vaudois sur trois se trouvant dans l'incapacité d'amortir ses dettes et un hôtel sur cinq ne pouvant payer ses hypothèques.
Reste que dans ce tableau plutôt sinistre brossé par la BCV, tout n'est pas noir. De nouveaux filons prometteurs se profilent (lire encadré). L'arc lémanique, qui s'étend de Versoix à Villeneuve, constitue la colonne vertébrale des rentrées financières dans le secteur, avec 72% du chiffre d'affaires. Grâce notamment à l'excellente santé du tourisme d'affaire et de loisirs, particulièrement entre Lausanne et Montreux. Le danger de cette concentration? Un processus de désertification des régions du Gros-de-Vaud, de la Broye, du Jura et du Nord vaudois, dont le déclin touristique est déjà en marche. Au risque d'un tourisme vaudois à deux vitesses.
Le Bed & Breakfast ou la recette du succès
F. P.
« Le tourisme vaudois vaut plus qu'une messe»: le conseiller économique de la BCV Paul Coudret a arpenté le canton, rencontré des hôteliers petits et grands, mangé dans des pintes communales et mouliné des kilomètres de statistiques. Il en est revenu avec une conviction: le succès est à portée de main, et la «désertification hôtelière» qui frappe les campagnes vaudoises n'est pas inéluctable. La recette? Très simple: il n'y en a pas. Une bonne réponse de banquier. L'état des lieux du tourisme vaudois réalisé par la BCV montre pourtant quelques directions. L'exemple le plus frappant: les chambres d'hôtes qui cartonnent partout, jusque dans les endroits les plus reculés. Suffit-il donc de prendre rendez-vous avec un conseiller de la BCV pour obtenir un crédit de départ? A nouveau, pas si simple, car la recette du succès est à réinventer à chaque fois. «Les éléments clés sont le professionnalisme et la formation» prévient Corinne Filippi, experte en crédit à la BCV. Paul Coudret insiste sur l'exemple du «développement considérable des Bed & Breakfast». Leur développement fulgurant redonne quelques couleurs aux statistiques déprimantes des nuitées hôtelières dans le Jura, le Nord vaudois ou la Broye. Le pays compte plus de 350 Bed & Breakfast, dont 102 rien que dans le Pays de Vaud. Un signe: le siège de leur association nationale est installé à Corseaux, près de Vevey. Partout, des entrepreneurs se lancent dans l'aventure: de Grandson à Territet, du Sentier à La Forclaz, la formule trouve sa clientèle, parfois de manière inattendue. Le Petit Chalet, à La Sarraz, accueille surtout des voyageurs de passage et des cyclotouristes. Paul Coudret confirme: «beaucoup d'Alémaniques souhaitent découvrir la Romandie à vélo». Encore fallait-il transformer cette observation en un succès hôtelier. La Villa Sanlucca de Nyon offre un autre style adapté à une clientèle d'affaires. Le modèle de la chambre d'hôtes est un succès lorsqu'il se décline et s'adapte. «Certains osent même pratiquer des prix proches des 5 étoiles, observe Corinne Filippi. Ils misent sur la qualité avec l'avantage de revenus élevés sans les charges d'un palace.» Rien n'est donc impossible, même faire saliver un banquier avec une auberge de campagne.
Entre lac et montagne, le mythe est né à Montreux
E. N.
STUDIO CURCHOD- MYTHIQUE: A son apogée, la région Montreux recevait les grands de ce monde. Comme la très celèbre Sissi, impératrice d’Autriche.
Si le tourisme suisse relève du mythe, c'est dans le canton de Vaud qu'il a pris naissance. Parmi ses admirateurs les plus ardents, citons Jean-Jacques Rousseau et sa Nouvelle Héloïse dans les Alpes vaudoises ou Lord Byron et The prisoner of Chillon. Autant de célèbres plumes qui ont contribué à asseoir l'aura de la région.
Grâce au thermalisme et à l'alpinisme, la Suisse devient la Mecque du tourisme dès la seconde moitié du 19e siècle. L'école hôtelière de Lausanne est fondée en 1893, la Compagnie générale de navigation en 1873. A l'époque, les visiteurs étrangers s'extasient de l'hospitalité des habitants du Pays de Vaud…
L'essor des trains à crémaillère et des chemins de fer se marie alors avec la prospérité hôtelière de la Riviera lémanique, menée par deux fils d'aubergistes, Ami Chessex et Alexandre Emery qui bâtiront le Grand Hôtel de Territet et le Montreux Palace. A la veille de la Première Guerre, Montreux comptait ainsi 85 hôtels pour 7525 lits. Le triple d'aujourd'hui. Un âge d'or plombé par les deux guerres. L'industrie touristique hôtelière aborde la deuxième moitié du 20e siècle affaiblie, handicapée par le franc suisse et les coûts élevés de construction. Elle peine à moderniser ses infrastructures. Exemple: jusqu'en 1970, seules 34% des chambres d'hôtels disposaient d'une salle de bain privée.

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