Emision du 14 décembre 2006 de la RTBF relatant l'épisode de la veille annonçant l'indépendance de la Flandre © AFP Eric Lalmand

"J'ai 39 ans, je ne suis pas particulièrement sensible, mais j'ai pleuré... C'est ridicule de se faire peur...", témoignait jeudi une lectrice du journal La Libre Belgique, Caroline Case.

Sur les blogs, certains saluaient en revanche l'"audace" des journalistes de la RTBF et louaient le "didactisme" des reportages qui, bien qu'évoquant une situation fictive, cernaient au plus près les enjeux et difficultés que provoquerait un éclatement de la Belgique.

Après coup, les responsables de la RTBF, qui ont présenté leurs excuses aux téléspectateurs ayant été choqués, ont expliqué qu'ils avaient voulu mettre sur la place publique le débat sur l'avenir du pays, un sujet qui agite de plus en plus le monde politique, mais ne passionne habituellement pas le grand public.

Ces arguments n'ont cependant pas convaincu les responsables du nord et du sud du pays, qui ont descendu en flammes la télévision publique.

Le chef du gouvernement flamand Yves Leterme, dont le parti chrétien-démocrate s'est pourtant allié à une petite formation prônant l'indépendance de la Flandre, a dénoncé "une émission destinée à dresser les Wallons contre les Flamands".

Alors que le quotidien populaire La Dernière Heure regrettait lui aussi que "la RTBF ait cru malin" de lancer ces fausses nouvelles, La Libre Belgique jugeait à l'inverse la démarche "salutaire", "malgré, ou à cause des réactions outrées" qu'elle a provoquées.

Le journal Le Soir a souligné lui qu'une déclaration d'indépendance de la Flandre "ne se passerait pas comme ça", qu'elle serait le "butoir d'une négociation lente, longue et visible".

Mais il a estimé que "l'idée de voir un jour le pays se scinder est désormais dans l'ordre des choses", à quelques mois de législatives à haut risque prévues pour mai ou juin 2007.

Le parti en tête des sondages en Flandre, le CD&V d'Yves Leterme, a en effet déjà prévenu qu'il ne participerait à un futur gouvernement fédéral que si les francophones acceptaient après les élections que de nouveaux pouvoirs soient transférés à la Flandre.

L'exigence, largement partagée par les partis flamands, est jusqu'ici fermement rejetée par les responsables francophones.

Les négociations sur la formation d'un gouvernement pourraient donc mener à un blocage des institutions du royaume.

"On basculera alors d'une négociation institutionnelle courante à un exercice d'un autre type, celui de la liquidation du pays", a avancé jeudi l'éditorialiste du Soir.

Un scénario d'éclatement qui, au vu des réactions à l'émission de mercredi, ne passerait pas facilement dans la population. Mais celle-ci ne peut maintenant plus ignorer que, s'il elle est loin d'être certaine, cette issue ne doit pas non plus être exclue.

© AFP Agence France-Presse