Pour ProSiebenSat.1, c'est la fin d'une longue période d'incertitude. Depuis plus d'un an, le groupe, poids lourd de la télévision privée en Allemagne avec ses cinq chaînes et 30% de parts de marché, excite les convoitises.

L'éditeur Axel Springer, son actionnaire minoritaire, a été le premier. Mais ses plans de marier la télévision à ses publications ont été contrecarrés en début d'année par les autorités de la concurrence allemandes. Ensuite une série d'autres acheteurs potentiels ont été évoqués, du français TF1 à l'italien Mediaset de Silvio Berlusconi, en passant par une myriade de fonds d'investissements.

Il ne faisait de doute pour personne que l'actionnaire majoritaire, un consortium de fonds anglo-saxons mené par le milliardaire israélo-américain Haïm Saban, souhaitait vendre. M. Saban et ses associés étaient entrés dans le capital du groupe en 2003, à la faveur de l'écroulement de l'empire des médias de Leo Kirch dont ProSiebenSat.1 était l'actif vedette. Sa logique d'investisseur financier à court terme voulait qu'il en sorte relativement rapidement.

KKR et Permira, tout fonds qu'ils sont, devraient avoir une approche plus industrielle. Les deux groupes se sont déjà alliés l'an dernier et ont déboursé quelque 2 milliards d'euros pour faire main basse sur SBS Broadcasting, groupe de médias basé au Luxembourg. Ils avaient assuré à l'époque vouloir être "des investisseurs engagés à long terme" dans la société, active dans la télévision commerciale et payante et dans la radio en Europe.

Avec ProSiebenSat.1 et sa présence forte en Allemagne, les deux acheteurs viennent boucher un trou substantiel dans le maillage européen de SBS, présent au Benelux (chaînes VT4 et Vijf TV en Belgique par exemple), dans les pays scandinaves et en Europe de l'est (Hongrie, Roumanie, Bulgarie). Et donnent à leur cible allemande la dimension européenne qui lui manque: à l'inverse de son grand rival RTL Group, filiale de Bertelsmann, ProSiebenSat.1 est présent à 100% en Allemagne. Un marché certes énorme mais mature, où la croissance est limitée dans la télévision commerciale. La semaine dernière, ProSiebenSat.1 a de surcroît dû renoncer à son projet de se lancer dans la télévision numérique payante, devant les réserves de l'Office anticartel.

Plusieurs inconnues subsistent outre les projets précis des nouveaux propriétaires, comme le sort des actions détenues par Axel Springer. L'éditeur n'a pas indiqué ce qu'il comptait faire de sa part de 12% du capital.

Même incertitude sur les actions sans droit de vote cotées en Bourse, et qui représentent 37,5% du capital. C'est sans doute pourquoi à Francfort, le titre ProSiebenSat.1 faisait grise mine en fin de matinée: à 10H55 GMT il lâchait 0,08% à 23,66 euros, dans un marché en hausse.

© AFP Agence France-Presse