C'est dire si les entreprises vont engager du monde cette année! Selon les prévisions du centre de recherches conjoncturelles de l'EPFZ (KOF), 40 000 places de travail nettes devraient être créées en Suisse d'ici la fin décembre. Dans un récent sondage de l'UBS, 42% des sociétés suisses ont déclaré vouloir recruter massivement en 2007. Au total, depuis l'an 2000, près de 200 000 nouveaux postes ont ainsi déjà été mis en place dans les sociétés helvétiques. Petit tour d'horizon de quelques secteurs qui profiteront, ou pas, de ce boum de l'emploi.

Banque et finance: c'est dans les vieilles marmites que l'on fait les meilleures soupes. Alors que l'an 2000 consacrait les professions du futur, les bons vieux métiers traditionnels sont ceux qui semblent aujourd'hui avoir le plus d'avenir. A l'image du secteur bancaire, qui se montre le plus optimiste et engage à tour de bras: 700 postes seront ainsi créés par l'UBS en 2007, 600 pour le Crédit Suisse. Les banques privées genevoises ne sont pas en reste. Tant en gestion de fortune que dans le négoce ou le crédit, les besoins sont énormes.

Parallèlement, le secteur des assurances affiche lui aussi une activité de recrutement particulièrement soutenue.

Horlogerie: dans cette branche, l'emploi a crû ces dernières années trois fois plus rapidement qu'ailleurs. Et continuera d'augmenter cette année encore. A Genève, la finance et l'horlogerie emploient à elles seules un actif sur cinq, soit 40 000 personnes environ. Ces deux secteurs font également face à la même pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Un problème délicat que dénoncent bon nombre de secteurs d'activité et qui à terme pourrait même provoquer un ralentissement économique.

Pharma: un pôle important de création d'emplois en Suisse. «Cette année, nous comptons recruter entre 300 et 400 personnes, rien que pour la Suisse», indique Baschi Dürr, porte-parole du groupe Roche. Une perspective d'engagement similaire à celle de l'an dernier.

Hôtellerie et restauration: traditionnellement à la traîne, ce secteur marque pour une fois de réelles intentions d'embauches pour 2007. Dans la dernière étude de Manpower, la branche indique en effet une prévision de recrutement en hausse de 14%. Du jamais vu.

Construction: empêtrée dans une bataille sans fin avec les syndicats, la branche semble être la seule du pays à ne pas profiter du boum de l'emploi. Pire: ses perspectives de recrutement sont passées de +25% au quatrième trimestre 2006 à… 0% au 1er trimestre 2007. Une situation que l'étude Manpower attribue à des motifs saisonniers et qui pourrait donc se modifier à la hausse dans le courant de l'année.
«Une bonne nouvelle»

Interview express de Thérèse
de Meuron, Adjointe et remplaçante du chef du service de l’emploi.
Thérèse de Meuron
Thérèse de Meuron /DR

Vaud enregistre une baisse de 5,3% l'an dernier à 4,8% en 2006. C'est réjouissant.
Oui, c'est une bonne nouvelle qui n'est à proprement parler pas une surprise. Le «trend» est à la baisse même si, entre fin novembre et fin décembre il y a eu une toute petite hausse: de 4,5% à 4,6%. Mais sur l'ensemble de l'année, cette diminution confirme nos attentes et nos espoirs
A quoi cela est-il dû?
Aux effets bénéfiques de la conjoncture, notamment dans le monde de la construction, et puis aussi au très bon travail des Offices régionaux de placement et aux mesures prises pour renforcer les capacités des chômeurs.
Y a-t-il des secteurs qui pourraient se détendre?
On imaginait que des secteurs de l'exportation allaient pouvoir se débloquer.
Et pour les jeunes?
On a mis, on met, on mettra l'accent sur la nécessité de trouver des places d'apprentissage. On parle toujours du manque de places d'apprentissage, certes, c'est vrai dans certains domaines, mais il faut aussi rappeler qu'il y a des domaines, je pense notamment à la construction, où l'on peine à trouver des amateurs, ce qui est fort regrettable. Peut-être a-t-on été un peu trop négatif par rapport à certains métiers manuels alors que ce sont de beaux métiers et qui sont relativement bien payés.
La tendance va-t-elle se confirmer en 2007?
Ce n'est pas une science exacte mais on est légitimé à espérer que cette tendance positive va se poursuivre cette année.

FLORENCE PERRET

Leuthard remet au travail femmes et «seniors»

Elle ne relâche pas la pression, Doris Leuthard. Elle veut même «montrer l’exemple à l’économie tout entière».

VALENTINE ZUBLER (BERNE)

Après le chômage des jeunes, la ministre de l'économie se concentre sur la participation des aînés au travail et l'intégration des femmes en entreprises. Flanquée de sa garde rapprochée au grand complet, la démocrate-chrétienne a présenté hier des pistes riches en promesses. Qui doivent encore être traduites en faits. Catalogue.

Femmes au travail et congé paternité. Concilier les vies professionnelle et familiale, Doris Leuthard en a fait une priorité. Les recettes proposées vont du travail à temps partiel - y compris pour les hommes - au congé paternité de 5 jours payés et 20 jours non payés. Les horaires flexibles, le partage des tâches, le télétravail et le soutien financier pour la garde des enfants complètent le lot de mesures, que le Département de l'économie introduira cette année en tant qu'employeur. Et pour encourager les PME à s'inspirer de ces modèles, un manuel sera publié en février.

Un pont de l'école au boulot. C'est la grande préoccupation du Secrétariat d'État à l'économie (SECO): en décembre, 4% des 15-24 ans étaient inscrits au chômage. Comment, intégrer dans le monde du travail les ados qui viennent de terminer l'école, une formation ou l'université? Les «passerelles» présentées cet automne par la ministre font du chemin, promet Tony Erb au SECO. Parmi elles: les cours offerts par une quarantaine d'entreprises d'entraînement (Migros, Caran d'Ache, Victorinox…), ainsi que l'encadrement individuel pour trouver une place d'apprentissage. «Les stages pratiques de six mois en entreprises et les semestres de motivation pour jeunes chômeurs ont également été renforcés», ajoute Tony Erb.

Encourager les aînés au travail. Le chômage des seniors (2,8%) est moins élevé que dans les autres tranches d'âge. Mais vieillissement démographique oblige, la participation des personnes de plus de 50 ans au marché du travail doit être encouragée. Un catalogue de mesures est actuellement fignolé après consultation.

«Il faut offrir une plus grande flexibilité du temps de travail et favoriser le travail après 65 ans», précise Werner Aeberhardt, au SECO. Les conditions de travail doivent également être adaptées aux seniors, par exemple en offrant plus de lumière. Enfin, les Offices régionaux de placement (ORP) doivent intensifier la réinsertion des chômeurs âgés.