Pour ne rien arranger, un feu d'artifice lointain a éclaté pile au moment où Haas quittait le court. Ce n'était pas pour célébrer la victoire, si triomphale fut-elle, de Gonzalez mais pour clore les festivités de l'Australian Day, la fête nationale. Il n'empêche, les gerbes de couleur n'ont fait que rajouter à son désarroi et colorer le bonheur de son adversaire.

Fernando Gonzalez (g) et Tommy Haas à l'issue de leur rencontre en demi-finale, le 26 janvier 2007 à Melbourne© AFP Greg Wood

"Avant le match, le superviseur m'avait prévenu qu'il y aurait un feu d'artifice pendant notre match, a expliqué Gonzalez. Apparemment ce n'était pas prévu que la partie se termine si tôt."

Comment anticiper en effet que le Chilien, 9e mondial, ne mette que huit minutes de plus que Federer pour atteindre la finale? Au total, les deux dragsters ont passé moins de trois heures sur le court en demi-finale (1h23 et 1h31), soit environ autant que deux sets de Nadal.

Si, par la force des choses, on a pris l'habitude avec Federer, on peine encore à comprendre ce qui arrive à Gonzalez, qui était certes un bon joueur mais dont on n'aurait jamais soupçonné un tel festival.

Il y a un an, il était N.12 mondial et était éliminé au premier tour à Melbourne par un qualifié, le "pire match de (sa) vie", qu'il a fini avec des crampes.

Aujourd'hui, il est un N.2 mondial en puissance, après un parcours extraordinaire au cours duquel il n'a laissé aucune chance ni à Hewitt (N.19 mondial, ni à Blake (N.5), ni à Nadal (N.2), ni donc à Haas (N.12).

Tout cela demande évidemment confirmation, mais ce n'est pas un hasard si Gonzalez perce au moment où il a trouvé en Larry Stefanski l'entraîneur dont il avait sans doute besoin.

Avec le cogneur chilien, l'équation consistait à discipliner son jeu et lui rendre une marge de sécurité supérieure, tout en conservant son point fort, un énorme coup droit.

Vendredi, ses statistiques limpides font penser que le pari a été réussi: avec 42 coups gagnants (18 en coup droit) pour le chiffre ridicule de 3 fautes directes, Gonzalez a joué un match presque parfait.

S'il utilise son arsenal de frappes avec plus de mesure, c'est aussi parce qu'il en a désormais les moyens physiques. "Avant, j'étais paniqué à l'idée de passer trop de temps dehors. Aujourd'hui, je peux tenir cinq sets sans problème", a-t-il souligné.

Cela lui permet de "construire davantage les points et d'attendre le bon moment". Ce qu'il n'a en revanche pas attendu, c'est d'appeler sa maman, sitôt sorti du court.

"C'est tôt le matin au Chili, mais tout le monde suit ça là-bas, car le tennis est devenu quelque chose d'important depuis Marcelo (Rios), les jeux Olympiques (2004, 3 médailles) et la Coupe Davis", où le Chili accueille la Russie tenante du titre dans deux semaines.

Gonzalez a les moyens d'y déclencher la folie dès dimanche s'il devient le premier Chilien à remporter un tournoi du Grand Chelem.

© AFP Agence France-Presse