En explorant la carte de Genève, le visiteur s'arrête à un coin de rue du quartier des Pâquis, clique un logo bleu et l'annonce apparaît en surimpression. Magique. Mais l'enjeu dépasse la pirouette technologique. Il est aussi économique.
C'est le moteur de recherche Google qui a inventé et développé le concept, d'abord aux Etats-Unis, avant de s'attaquer aux principaux marchés européens. En réaction, les sites helvétiques comme celui de la Poste, search.ch, ou le dernier né, local.ch, créé par Publigroupe et Swisscom, se sont lancés dans l'aventure ces derniers mois. «Google considère que la géolocalisation est la méthode la plus adaptée à la présentation des petites annonces, explique Frédéric Gris, responsable du secteur chez Edipresse. Même si le système a ses limites, il s'agit d'un argument marketing majeur.»

Lorsqu'un internaute rédige une annonce, le serveur repère l'adresse postale et la traduit en longitude et latitude pour afficher le lieu sur une carte. Jusqu'ici, cette fonction était réservée aux grands sites d'annonces immobilières, question de coûts. Pour Laurent Boatto, webmaster du site indépendant anibis.ch, le prix était rédhibitoire: la Poste vend sa base de donnée geographique des adresses pour près de 200 000 francs par an, prix catalogue.

Cadeau du ciel

Mais fin janvier, Google a étendu son offre en Suisse en proposant gratuitement cette fonction aux sites qui utilisent ses cartes. Depuis le 5 février, les annonces publiées sur anibis.ch peuvent être liées à une carte géographique ou à une photo satellite.

Le système est offert gracieusement par Google et anibis.ch est le premier ravi: «Depuis, les petites annonces de location immobilière sont en hausse de 20%», se félicite Laurent Boatto. Résultat, avec des coûts limités à quelques milliers de francs, le webmaster solitaire d'anibis.ch, informaticien à l'EPFL, gère depuis sa chambre à coucher un site d'annonce qui n'a rien à envier aux mastodontes de Publigroupe ou de la Poste. Parole d'expert. Grâce aux cartes de Google et à des logiciels libres de droits, «un site comme anibis.ch arrive effectivement à proposer les mêmes fonctionnalités que local.ch sans les mêmes investissements, estime Frédéric Gris. De même sur Edicom, le développement de la géolocalisation ne nous a pas coûté grand-chose.»

Google est partout

En sous-main, Google alimente désormais l'ensemble des sites d'annonces en Suisse. En décembre dernier, le géant californien rachetait la société lucernoise Endoxon, qui fournit les cartes de local.ch. Le savoir faire de l'entreprise servira à préparer les prochaines générations de services géolocalisés, comme le trafic routier en temps réel ou la diffusion sur les téléphones mobiles.

Un curieux retour de balancier

Au final, c'est un curieux retour de balancier pour les sites suisses, qui cherchaient justement à contrer l'arrivée de Google sur leurs terres. A terme, le moteur de recherche américain pourrait-il s'attaquer lui-même au marché des petites annonces et couper l'accès à ses cartes aux autres sites? «C'est un risque», répondent de concert Frédéric Gris et Laurent Boatto. «Mais l'option la plus probable et que Google commence par insérer des publicités sur ses cartes, ou les rende payantes», poursuit le responsable des petites annonces d'Edipresse.

De son côté, le webmaster d'anibis.ch fait un autre constat: «Aujourd'hui, notre site vit grâce à Google, par les visiteurs qui y parviennent grâce à son moteur de recherche, grâce aux cartes qui le rendent attractif et par le service de liens publicitaires qui assure nos revenus. C'est vrai, nous sommes tous entre leurs mains».