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samedi 30 septembre 2006 à 00:40 :: Actualités
Une histoire d'Halloween
Logos Halloween
Découvrez avant
le chapitre 6 qui est le héros - le conteur - de l'histoire.
Chapitre 1
31 octobre.
Halloween.
L'aboiement féroce d'un chien me réveille brutalement.
Il se rapproche. Je l'entends mais ne le vois pas. Il doit être puissant,
très puissant.
En fait, je l'avoue, j'ai peur.
Le jour se lève. Le froid matinal de l'automne est humide. Je suis frigorifié,
je me sens raide.
L'aboiement se rapproche, s'arrête et puis plus rien … Je respire.
Les arbres bruissent doucement. Au loin, le clapotis du ruisseau qui traverse
le parc me rassure .
Ce soir, c'est Halloween.
J'aime Halloween, ses odeurs de friandises, ses cris d'enfants, des cris
de joie, des cris de terreur, des bagarres pour un sachet de bonbons,
pour un déguisement !
Mais ce que je hais le jour d'Halloween, ce sont ces grands oiseaux noirs,
corbeaux ou corneilles, je les confonds. Ils portent malheur. Une légende
veut que si une plume d'un tel oiseau tombe entre vos deux yeux, le malheur
est sur vous …
Il fait jour. Le soleil se devine dans la brume matinale. Il fait froid
et humide.
Un corbeau croasse au dessus de ma tête..
Il perd une plume qui tombe, tombe, tombe … entre mes deux yeux …
Malheur !
Chapitre 2
Malheur !
La plume noire du corbeau est à mes pieds.
Curieusement, sa hampe est tournée vers moi, accusatrice.
Je la fixe. Elle me fixe. Le temps est long. Que me veut-elle ? Que me
dit-elle ?
Une brise légère se lève et emporte la plume de malheur. Je suis soulagé.
Mais que va-t-il m'arriver en ce jour d'Halloween... ? Que voulait me
dire la plume ?
Le jour d'Halloween, ma plus grande joie est de faire plaisir aux enfants.
Ils me le rendent bien. J'en oublierai les prédictions noires de cet oiseau
de malheur.
Brutalement, une sirène de police troue le silence, derrière moi à gauche.
Puis une autre sirène, puis une troisième. Les voitures sont rapides.
Pourvu qu'il n'y ait pas d'accident. Les accidents du jour d'Halloween
sont de mauvais présages.
Crissement de pneus, derrière moi à gauche puis plus rien. Il faut attendre
les nouvelles.
Un homme promène son chien, téléphone à l'oreille.
Une femme promène son chien, téléphone à l'oreille.
Un enfant promène son chien, téléphone à l'oreille.
En réalité, en cette heure matinale, le parc est envahi de chiens accompagnés
de leurs maîtres. Je crois que tous les maîtres téléphonent, tous les
chiens pissent. Un chien s'approche de moi...
Avoir les pieds mouillés le jour d'Halloween, ah ça : non !
Un petit vent me ramène la plume de malheur, toujours pointée vers moi,
accusatrice. Décidément, que me veut-elle ?
Chapitre 3
Le chien passe indifférent.
Devant moi, la voiture de pompiers s'ébranle. Sans bruit.
C'est bien. Je n'aime pas les hurlements des sirènes de pompiers le jour
d'Halloween. C'est mauvais signe.
A mes pieds la plume a disparu. Je respire, le nez au vent, les yeux fermés.
L'air est frais bien que un peu humide. Cela fait du bien.
Un rouage crisse de manière régulière. Ce bruit m'est familier. C'est
comme un ronronnement qui me fait tout oublier. Aujourd'hui c'est Halloween,
je verrai des enfants tard dans la nuit. Leurs cris me feront du bien.
Le crissement s'est arrêté.
La plume est à mes pieds, sa hampe pointée vers moi. Encore ? ! Que me
veut-elle ?
Réfléchissons. Qui dit corbeau, dit sorcière, qui dit sorcière dit chat
noir…
Je regarde autour de moi. Rien.
Ou plutôt si : deux yeux me fixent, là -bas, dans les buissons. Des yeux
de chat. L'animal s'avance d'un pas, d'un pas de chat donc d'un petit
pas silencieux et félin.
C'est un chat noir !
Malheur !
Il étire ses pattes de devant. Miaule. Recule d'un pas. Disparaît dans
le buisson. Silencieusement. Et me fixe.
Il me revient à l'esprit cette histoire horrible où, la nuit d'Halloween,
un chat noir avait consciencieusement déchiré tous les rideaux du magnifique
château de Hamspotshire, dans le nord de l'Irlande, un château de 56 pièces.
Le chat noir s'étirait avant de se lancer sur chaque rideau…
Je fixe le chat. Le chat me fixe.
On est le 31 octobre. Ce soir c'est Halloween !
Ce chat me fait peur.
Ou est la sorcière ?
Chapitre 4.
Je fixe le chat noir, il me fixe.
La plume de malheur est à mes pieds, hampe pointée vers moi, accusatrice.
Il ne manque que la sorcière.
Bon sang, mais c'est bien sûr. Sur ce banc, là , à gauche du chat, cette
femme en noire avec ses bas déchirés, son tablier gris moucheté sous son
imper noir, son chapeau noir à larges bords. Je sens son regard sur moi.
Un regard lourd, pesant. Elle ne bouge pas, immobile, comme prête à bondir
!
Et derrière elle ? La preuve que c'est une sorcière ! Un balai est posé
contre le tronc de l'arbre ! Un vrai balai de sorcière, un balai fait
de branchages et au manche long, très long.
Tous ces signes sont contre moi ! Quel horrible Halloween en perspective
!
Soudain des cris d'enfants ! Il sont au moins 15 ! J'ai peur pour eux
! La sorcière semble si forte, si concentrée ! Son chat noir est là prêt
à bondir, à déchirer les vêtements des enfants. Je devine son corbeau,
perché sur une branche qui observe tout cela de haut.
Je voudrais crier, crier pour faire éloigner les enfants, les faire s'échapper
des terribles griffes de la sorcière ! J'ai le sang glacé, terrorisé,
tétanisé.
Jamais, au grand jamais, on ne laisse des enfants en présence d'une sorcière
le jour d'Halloween.
Et moi immobile, figé, par la sorcière, le chat noir, le corbeau … et
aujourd'hui, c'est Halloween !
Chapitre 5.
Les enfants sont trop nombreux.
Ils me rendent tout l'amour que je peux leur donner aujourd'hui, jour
d'Halloween !
Celui-ci m'arrache l'oreille, celui-là me mets les doigts dans les yeux,
ce troisième et ce quatrième s'attachent à mes jambes, quant au cinquième,
il me serre la bouche.
Ils me couvrent, n'embrassent, m'enlacent, me chevauchent, m'aiment !
Comment est-ce possible !
Ils sont si joyeux et pourtant si vulnérables ! Si inconscients !
Comment leur dire qu'une sorcière attend son heure, là , à deux pas ! Accompagnée
de son chat et de l'un des ses corbeaux ! Tiens, la plume de malheur n'est
plus à mes pieds ?
Les femmes qui accompagnent les enfants sont plus loin, là -bas, de l'autre
côté, discutant entre elles et les surveillant de œil.
La sorcière ne bouge pas, prête à bondir, à jeter ses sorts de malheur.
Les accompagnatrices des enfants mettent de l'ordre.
J'entends le crissement familier.
Un cheval ne fait que passer.
Son cavalier est fier.
Je suis perdu dans mes pensées.
Un liquide coule sur mes yeux.
Un liquide rouge.
Du sang !
Chapitre 6.
Le crissement familier reprend sous les cris joyeux des enfants.
Je sens un doigt humide entre mes yeux qui lèche le sang rouge et frais.
La main sort d'un vêtement noir !
Dracula ! C'est Dracula !
Et si je lui disais d'attaquer la sorcière ? Il la mordrait et la tuerait
avant qu'elle n'ait eu le temps de sortir son ail et sa croix !
Le crissement s'arrête. L'enfant descend de mon dos.
" C'est fini " crie l'une des accompagnatrices.
" Moi je veux un autre tour " crie un enfant, " je veux remonter sur le
cochon rose qui monte et qui descend. Ma glace à la fraise est tombée
j'en veux une autre ! ".
" Non, Steve, c'est fini ! Il faut rentrer et se préparer à Halloween.
Viens mon petit Dracula mignon ! ".
Les enfants s'éloignent. La voiture de pompiers n'a plus de conducteur,
le cheval plus de cavalier.
Le balayeur a repris son balais.
La vieille dame en noir, se lève lourdement de son banc, comme endormie,
reprend son sac d'ou dépassent les poireaux et menace le chat noir qui
s'éloigne fièrement en sens inverse, la queue bien dressée et le pas hautain.
D'autres enfants s'approchent, à chacun son tour…
Et moi, le petit cochon rose du manège, je suis tout fière d'être comme
un cheval qui saute l'obstacle, pattes tendues devant et derrière, je
monte et descends en entendant le crissement familier du manège.
Ce soir c'est Halloween … et j'adore me faire peur…
Et vous aviez
trouvé ?