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jeudi 23 novembre 2006 à 01:56 :: Webmaster Référencement
«Myspace»: 100 millions d’amis à la merci des marketteurs
Internet - Le site de réseautage dépasse Google et Yahoo aux Etats-Unis. Les entreprises se ruent sur ses usagers.
nicolas goulart
Publié le 26 août 2006
© dr
C'est comme une drogue, avouent certains. Quand on y est, plus moyen de s'arrêter et ça se propage partout. Aux Etats-Unis, la fièvre myÂspace.com fait des ravages. Plusieurs écoles ont non seulement interdit son accès, mais aussi sa fréquentation en dehors de leurs murs. Et les spécialistes sont nombreux à s'inquiéter du nombre d'heures passées sur myspace par certains teenagers.
Le portail est en passe de devenir une institution encore plus incontournable que Google. Imaginez un instant que toutes les relations sociales réelles puissent se recouper sur Internet; un site web où tous les liens d'amitié seraient référencés à travers un réseau de pages personnelles renvoyant toutes les unes aux autres. C'est cette utopie orwellienne que myspace est en passe d'accomplir en Amérique et qu'il entend poursuivre dans le monde.
Visite guidée… D'entrée de jeu, un bandeau bleu vous prévient: «Myspace, un site pour les amis» (lire ci-contre). Sans même être inscrit, vous êtes invité à parcourir les profils des membres. Sympa. Pour devenir membre, il vous suffit de remplir un questionnaire dont les réponses constitueront le profil que vous présenterez à la communauté. Simple comme bonjour. «Myspace n'a pas inventé la poudre. Sa grande innovation, c'est l'accessibilité: grand avantage par rapport aux concurrents qui tablent sur une approche confidentielle», explique Phil Leigh, du cabinet Inside Digital Media de Miami. En effet, la plupart des sites de réseautage fonctionnent par invitation d'un membre déjà inscrit, alors que myspace est gratuit et accessible directement. C'est une des clés de son succès.
«Accessibilité, simplicité d'utilisation et opportunisme», voilà résumé, toujours selon Phil Leigh, le succès de myspace. «Le site a bénéficié de diverses innovations inventées par d'autres qu'il a le mérite d'agréger. Les gens ont répondu positivement, et maintenant il y a effet de réseau.» Autrement dit, la croissance se nourrit elle-même et l'emballement est exponentiel.
Le portail charrie bien sûr toute la part d'ombre inhérente aux grandes sociétés. Drogues, abus sexuels, porno, tueurs en série sont reliés à myspace dans des affaires qui font quotidiennement les gros titres. Et comme les jeunes sont en première ligne, l'Amérique bien-pensante se scandalise.
Mais les 100 millions d'«amis» sont aussi la proie d'autres prédateurs, moins décriés. Les marketteurs fondent aujourd'hui sur myspace comme des vautours. Sa largeur et sa conductivité laissent présager de nouvelles formes de diffusion publicitaire. Les compagnies sont omniprésentes, non seulement dans les publicités, mais aussi comme sponsors ou même producteurs de films humoristiques qui font fureur. Ces derniers transitent aussi bien par les natels que sur les ordinateurs. De façon générale, on voit poindre de nouvelles stratégies, dites virales, de plus en plus basées sur l'implication et la participation de l'internaute.
L'irruption de «Axe»
Christine Dolce, alias Forbidden sur myspace, a été le vecteur d'une campagne inédite menée par les déodorants Axe. Cette charmante demoiselle, avec plus d'un millions d'«amis» sur myspace, est la personne la plus connectée du site, et peut-être d'internet. La marque a signé un contrat avec elle: un jeu a été placé sur sa page perso qui a attiré 75 000 utilisateurs. Ils furent tous redirigés sur le site d'Axe… Mission accomplie pour les déos, et pactole pour miss Dolce.
De façon générale, toutes les grandes stars de la musique ont maintenant, outre leur site internet officiel, une page sur myspace. Les marques, l'industrie cinématographique et même les politiques leur emboîtent le pas. «C'est bien la première fois qu'un site de networking produit cet effet», et c'est le signe, selon Phil Leigh, «d'un changement d'échelle radical.» Où s'arrêtera myspace? Nul ne le sait pour l'instant. Son expansion atteindra-t-elle un point de saturation? Selon les chiffres, on en est loin, mais sa domination pourrait bien sûr un jour être contestée par de nouveaux sites plus inventifs. Ce serait une perte pour News Corp, mais sûrement pas la fin des réseaux de socialisation en ligne.
Les attentes de Murdoch
News Corp, la compagnie de Ruppert Murdoch, ne s'est pas trompé en rachetant cette étoile montante du Net il y a un an. Depuis, les connections pulvérisent des records, au point qu'aujourd'hui, on compte plus de 100 millions de membres, soit l'équivalent de plus du tiers de la population d'Amérique! La part de myspace dans les revenus de News Corp est pour l'instant réduite, mais son expansion vertigineuse auprès des jeunes génère toutes les spéculations pour le futur. Il y a à peine quinze jours, Google a signé un accord avec News Corp pour installer ses publicités contextuelles sur myspace. Avec myspace comme titre phare, Rupert Murdoch compte devenir l'un des acteurs incontournable de la toile mondiale. Et le lancement récent de la version bêta du site en français n'est qu'un premier pas hors de l'univers anglophone.
Partout, ça marche de façon identique. Sous chaque profil de page perso, s'affiche la liste des «amis» du propriétaire de la page, et, en dessous, un tableau de commentaires laissés par ces amis, que n'importe qui peut lire. Ce sont les services les plus utilisés de myspace. Le chic, bien sûr, c'est d'avoir le plus d'amis possible. Certains passent leurs journées à socialiser devant l'écran. Ils lisent leurs commentaires, y répondent, ou explorent les réseaux avoisinants de leurs amis.
Maya de Seattle explique sur son blog myspace comment elle s'est fait «griller» par son mec à cause de commentaires suggestifs laissés par un type «avec qui elle n'a même pas couché». L'effet panoptique est garanti. Tout le monde a accès aux données sociales de tout le monde. Bien sûr, sur le fond, ça ne vole pas spécialement haut. Entre les fringues et la dernière sonnerie de mobile, le ton est donné. Le site et ses milliers de communautés offrent aux ados un espace gigantesque pour s'adonner, entre pairs et en toute liberté, à leurs différentes marottes compulsives.