Le piège du dollar

MARCHES La semaine passée, la faiblesse du billet vert face aux principales devises a été synonyme de prises de bénéfices sur les places financières européennes; le dollar s’échange désormais à plus de 1,32 contre l’euro, et en dessous de 1,20 contre le franc: des niveaux jamais revus depuis le printemps 2005.

MICHEL THIERRIN, BANQUE CANTONALE VAUDOISE
Publié le 04 décembre 2006


L'évolution des changes conditionne aussi les bénéfices des sociétés, en particulier en Europe. Ces dernières réalisent environ 30% de leurs ventes aux Etats-Unis, mais leurs coûts de production demeurent en majorité dépendants de l'euro. Si bien qu'une baisse de la devise américaine s'exprime par une croissance des ventes plus faible rapportée en euros, et donc d'une pression sur les marges plus importante.

Certains secteurs économiques sont plus affectés par l'évolution du dollar à l'instar des pharmaceutiques, des constructeurs automobiles ou des industries. Par contre, les services aux collectivités, la distribution ou les banques paraissent nettement moins dépendants du marché américain. La violence du mouvement a surpris les marchés, mais le recul du dollar reflète avant tout les perspectives d'un ralentissement économique aux Etats-Unis, alors que l'Europe affiche toujours une santé éclatante.

Les anticipations de politique monétaire sont également défavorables au billet vert: une majorité des investisseurs pronostique une détente de la politique monétaire de la Réserve fédérale au premier semestre 2007, et un à deux mouvements encore de resserrement du crédit en Europe.

Ce scénario s'inscrit néanmoins en porte-à-faux avec les conclusions du discours de Ben Bernanke, le boss de la Fed, qui a réaffirmé mardi le maintien d'un biais haussier sur les taux directeurs. Un rebond du dollar est donc prévisible à court terme, mais dans une vision plus éloignée, il pourrait continuer de se déprécier.