Ce seront donc les traders, les gérants de fonds ou les conseillers en fusions-acquisitions sis à Londres ou à New York qui, au sein des deux grandes banques suisses, vont le plus bénéficier de cette manne vertigineuse. Et pour cause: il y règne là-bas une concurrence féroce pour s'arracher les meilleurs. «Vous devez payer ce qu'il faut pour attirer les talents, confirme ainsi Sandy Weill, l'ex-président de Citigroup, la plus grande banque universelle américaine. Sinon, ils iront voir ailleurs.»

L'UBS et le Credit Suisse, qui ont de puissantes divisions d'investment banking, s'alignent dès lors simplement sur leurs concurrentes anglo-saxonnes où un courtier performant, par exemple, touchera à Londres entre 1 et 2 millions de bonus, une somme qui peut carrément décupler à Wall Street. L'an dernier, un gérant de hedge funds de l'UBS a ainsi déjà touché… 100 millions de bonus, c'est-à-dire cinq fois plus que son président, Marcel Ospel.

Salariés suisses frustrés

Pendant ce temps, l'Association suisse des employés de banques (ASEB) fait grise mine face à la réévaluation linéaire pour 2006, accordée aux salariés suisses de 2,5%: «Au vu des records que les banques multiplient, déclare ainsi sa secrétaire centrale Marie-France Goy, une augmentation de 3% de la masse salariale ne relèverait pas de l'ivresse des sommets.» Cette dernière fustige également l'énorme disproportion et le manque absolu de transparence dans l'attribution de ces bonus: «Cette politique est source d'insatisfaction au sein du personnel.»