C'est ce qu'on appelle de la langue de bois verni. Et c'est juste ce qu'il fallait pour attiser des braises encore chaudes, trois mois après l'échec des pourparlers entre Nissan, Renault et GM. D'autant que Mark Fields, chargé de la restructuration chez Ford, était présent lors de ce petit thé de Noël.

La presse japonaise n'y va donc pas par quatre chemins: elle parle d'un partenariat dans les technologies «écologiques» - moteurs hybrides, piles à combustibles - qui font cruellement défaut au constructeur américain.

Pour amener un peu plus d'eau au moulin, le nouveau boss de Ford, Alan Mullaly, est un zélateur du «modèle Toyota»: il conduisait une Lexus jusqu'à son arrivée à la tête de Ford en septembre. Et il affirmait récemment, dans le Detroit News: «Le système de production de Toyota est le meilleur du monde. C'est une machine magique. C'est la machine qui a changé le monde.»

A nous les petites japonaises

Cette magie, Ford en aura besoin pour se tirer de l'ornière. Une dette abyssale, des ventes poussives, l'Américain est dans le rouge vif. Et restructure à la louche: 44 000 emplois à la trappe, des fermetures d'usines…

Il n'est pas le seul, puisque tous les constructeurs américains sont logés à la même enseigne. Une situation à laquelle les marques nippones ne sont d'ailleurs pas étrangères, puisque le gros de leurs bénéfices provient des Etats-Unis. Sur les huit premiers mois de 2006, la part de marché des «Big Three» (GM, Ford, DaimlerChrysler) a atteint 54%, un niveau historiquement bas. Tandis que le trio japonais Toyota, Nissan et Honda raflait 30% du gâteau américain.

Bref, les «petites japonaises» ont plus que jamais la cote, et les Américains ont de moins en moins le réflexe patriote: d'endémiques problèmes de qualité ont terni l'image de la voiture made in USA, et les vagues de licenciements massifs n'ont rien arrangé.

Pis, le pétrole cher sonne le glas des gros 4X4, «Humvees» et autres limousines douze portes. La «grosse américaine» fait un peu figure de fossile face aux voitures hybrides ou à faible consommation. D'ailleurs, DaimlerChrysler commercialisera la lilliputienne Smart dès 2008 aux Etats-Unis: une révolution.