Les économistes pensent à présent qu'il prononcera jeudi le désormais classique "grande vigilance" sur les risques inflationnistes, levant ainsi les derniers doutes.

En un peu plus d'un an, la BCE a remonté son principal taux à six reprises, qu'un quart de point à chaque fois, pour le hisser à son plus haut niveau depuis cinq ans. Le dernier geste remonte à décembre 2006.

Si l'horizon est dégagé jusqu'à l'arrivée du printemps, la suite promet plus de suspense. Plusieurs statistiques publiées la semaine dernière "ont montré que côté croissance et inflation, il y a moins de pression sur la BCE pour qu'elle relève ses taux après mars", estime Jacques Cailloux, économiste à la Royal Bank of Scotland.

D'abord, l'inflation est restée en janvier dans les limites autorisées par la BCE, avec une augmentation de 1,9% sur un an, comme en décembre. La forte hausse de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en Allemagne, première économie de la zone euro dont elle représente près d'un tiers, n'a pas provoqué la valse des étiquettes redoutée, en partie parce que la concurrence ne laisse pas aux commerçants la marge de manoeuvre pour répercuter d'un bloc la hausse de TVA dans leurs prix. Il faudra attendre plusieurs mois pour mesurer son impact.

Côté conjoncture, les signes du ralentissement attendu apparaissent. L'indice des directeurs d'achat du secteur manufacturier dans la zone euro (PMI) a ainsi atteint en janvier son plus bas niveau depuis 11 mois, illustrant un tassement de la dynamique de croissance. Et les grands indices de confiance industrielle en Allemagne, France ou Belgique sont aussi récemment venus témoigner d'une évaluation actuellement moins favorable de l'activité.

La croissance du PIB de la zone euro ralentira à 2,2% cette année, selon la BCE, contre une croissance estimée à environ 2,6% l'an dernier.

Une majorité des économistes continue quand même à miser sur une nouvelle hausse du loyer de l'argent après mars qui porterait le principal taux à 4% fin 2007.

Les gouverneurs s'inquiètent des retombées inflationnistes à moyen terme d'une masse monétaire en forte hausse et d'une croissance toujours vigoureuse des crédits au secteur privé. Ils disent aussi redouter des hausses de salaires élevées, propres à déclencher un emballement généralisé des prix.

Mardi IG Metall, dont les accords avec les employeurs donnent le ton en Allemagne, va annoncer une revendication pour 2007 susceptible de les faire tiquer. Au regard des réclamations de ses branches régionales, le syndicat de branche devrait entamer les négociations sur la base d'une hausse de 6,5% des rémunérations, avec pour mot d'ordre de faire profiter les 3,4 millions de salariés de la métallurgie de la croissance retrouvée.

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