Surtout, le comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a cessé de parler de "resserrement" pour évoquer un "ajustement monétaire" à l'avenir, ce qui ôte l'allusion directe à une hausse des taux qu'il privilégiait jusqu'à présent.

"La Fed a pris de nombreuses personnes par surprise", a ainsi lancé Alan Bush, analyste d'AG Edwards.

"Elle semble avoir abandonné son +biais haussier+ et les taux d'intérêt américains pourraient désormais aussi bien être relevés qu'abaissés", a embrayé Jay Bryson, analyste chez Wachovia.

La déclaration de la Fed contrastait avec celle du président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, qui a insisté mercredi sur les risques d'inflation dans la zone euro et jugé les taux d'intérêt modérés, confortant l'idée que la BCE n'en avait pas fini avec ses hausses.

Après sept tours de vis en quinze mois, le principal taux de la zone euro est désormais fixé à 3,75% et de nombreux économistes parient sur un nouveau geste d'un quart de point au deuxième trimestre qui le hisserait à 4%.

Si la Fed ne relevait plus ses taux, ou se mettait à les baisser, au moment où ceux de la zone euro continueraient d'augmenter, le différentiel de taux entre les deux devises devrait mécaniquement se rétrécir, et profiter à l'euro, rendu alors plus attractif.

Or depuis la publication du communiqué de la Fed, "le scénario d'une baisse des taux lors de sa prochaine réunion en juin semble davantage probable", a estimé Dustin Reid, d'ABN Amro.

Pour l'analyste, l'euro pourrait ainsi continuer à progresser pour évoluer à court terme autour de 1,35 ou 1,36 dollar.

La Fed a par ailleurs pris note du ralentissement de la croissance américaine, jugeant "mitigés" les récents indicateurs américains tout en indiquant que l'ajustement se poursuivait dans le secteur de l'immobilier résidentiel.

"Si la Fed garde comme préoccupation la hausse de l'inflation, elle est désormais également inquiète de la croissance et pourrait baisser ses taux si les problèmes du secteur immobilier s'aggravaient", a estimé Rafaël Martorell, de BNP Paribas.

De nombreux analystes craignent en effet que les difficultés des instituts spécialisés dans les prêts à risques ("subprime"), accordés facilement aux ménages peu solvables, ne s'étendent au reste du secteur bancaire, voire à l'ensemble de l'économie américaine par le biais de la consommation.

"Les problèmes de l'immobilier ne sont pas finis, et pourraient bientôt toucher de nombreux ménages américains", a pronostiqué Rafaël Martorell.

"Le marché pourrait ainsi bientôt anticiper d'autres mauvaises nouvelles aux Etats-Unis, et une baisse des taux américains, qui pourrait faire s'envoler l'euro jusqu'à 1,40 dollar d'ici la fin de l'année", a-t-il estimé.

© AFP Agence France-Presse