Le bonus qui enflamme la France
Par Crédit défisaclisation économie économique banques crédits moins d'impôts épargne, jeudi 12 avril 2007 à 17:19 :: Economie :: #584 :: rss
Le bonus qui enflamme la France
La campagne présidentielle s’était assoupie avec le retour du printemps. Hasard du calendrier, ce sont les traditionnelles assemblées générales d’actionnaires des plus grandes entreprises françaises qui tombent soudain à pic pour la ranimer avant la dernière ligne droite. Et c’est un bel orage qui s’annonce.
Révélés en primeur aux actionnaires en prévision des assemblées de début mai, les rétributions, salaires et bonus accordés aux patrons d’EADS et d’Alcatel-Lucent ont provoqué leur lot de réactions outragées.
Bonus et licenciements
Serge Tchuruk, PDG d’Alcatel, s’est vu attribuer un bonus de 5,6 millions d’euros, en plus de son salaire de 2,5 millions. L’entreprise, plombée par la fusion avec Lucent, a annoncé 12?500 suppressions d’emploi dans le monde, dont 1468 en France. Mais les critiques les plus violentes se sont concentrées hier sur Noël Forgeard, ancien coprésident d’EADS, maison-mère d’Airbus, qui touchera un parachute de 8,56 millions d’euros (14 millions de francs). Selon le communiqué publié sur le site internet de l’avionneur, «Noël Forgeard a eu droit a six mois de préavis, représentant une somme de 1?223?317 euros (salaire et bonus) et des indemnités de départ de 4?893?268 euros, soit deux ans de salaire brut annuel».
Un paquet de 6 millions d’euros auquel s’ajoute une «indemnité de non-concurrence» de 101?917 euros par mois pendant deux ans.
«C’est dégueulasse»
Le patron avait été éjecté en juillet 2006 en raison des retards accumulés sur la production de l’A-380. En conséquence, son successeur, Louis Gallois, avait annoncé un plan de restructuration, Power 8, avec 10?000 suppressions d’emplois à la clé.
Ségolène Royal a dégainé la première, hier matin, en affirmant que le package offert à Noël Forgeard était «un scandale» et une «provocation, surtout dans cette entreprise où l’Etat est actionnaire, l’Etat aurait très bien pu s’opposer à cette façon de faire». La candidate socialiste a aussitôt demandé le retrait du plan Power?8. Dans la foulée, François Bayrou s’est engagé à faire voter «une loi de moralisation économique» s’il était élu. A droite, le président de l’Assemblée nationale Patrick Ollier (UMP) s’est dit «indigné», estimant que la prochaine législature devra légiférer pour éviter de tels «excès».
Le candidat de Chasse, Pêche, Nature et Tradition, Frédéric Nihous, s’étranglait hier matin sur France Inter: «C’est dégueulasse, tous ces parachutes dorés, toutes ces primes à des gens qui ont planté leur entreprise». Il a fait valoir que «n’importe quel quidam dans sa boîte, qui fait des erreurs pareilles, est mis dehors et n’a pas d’indemnités».
Délit d’initié
L’assemblée générale d’EADS agendée le 4 mai tranchera sur la question du bonus qui devrait être accordé à l’ancien patron, dont le montant était prévu par son contrat de travail. Ce qui ne l’était pas, par contre, est le nombre de stocks options qui lui est accordé en complément. D’ici 2008, Noël Forgeard devrait pouvoir exercer 297?000 options, selon les performances du groupe.
En mars 2006, juste avant l’annonce des retards de livraison de l’A-380, Noël Forgeard avait réalisé une plus-value de 2,5 millions d’euros en exerçant une partie de ses options.
L’autorité française de surveillance des marchés financiers a ouvert une enquête, de même que le parquet de Paris, pour délit d’initié.

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