Les détaillants suisses se frottent les mains

«Depuis deux ans, les frontaliers ont toutefois déjà changé certaines de leurs habitudes. Ils effectuent de plus en plus d’achats en Suisse», relève Michel Charrat.

L’attachée de presse de Migros Genève, Isabelle Vidon, confirme la tendance: «L’appréciation de l’euro freine l’évasion commerciale des résidents genevois vers la France. Nous observons en plus de nouveaux consommateurs français dans nos magasins suisses.» Le cours de l’euro a il est vrai progressé de 5 centimes par rapport au franc suisse depuis début mars et de 20 centimes depuis quatre ans.

Après une augmentation d’au moins 50% des achats «helvétiques» dans les pays voisins au cours des cinq dernières années, entraînant du coup une perte de pouvoir d’achat en Suisse, rien qu’en 2005, de 2,1 milliards de francs (soit l’équivalent du chiffre d’affaires de Denner cette année-là), le retour de manivelle risque d’être très favorable aux détaillants suisses. D’autant que l’imminence d’un euro à 1,68 franc n’est pas du tout à exclure, selon Thomas Flury, expert en devises à l’UBS.

Effet boomerang

De nombreux secteurs de l’économie suisse profiteront de cet euro encore plus fort, puisque les entreprises helvétiques concentrent 60% de leurs exportations dans l’Union. «Notre canton bénéficiera cependant moins du différentiel, car seuls 43% de ses exportations sont dirigées vers la Communauté européenne», relève le porte-parole adjoint de la Banque cantonale de Genève, Clément Dubois.

La cité du bout du lac sera heureusement pour elle moins exposée à l’effet boomerang lié aux importations: quatre cinquièmes des importations suisses proviennent de l’Union européenne, contre deux tiers seulement pour Genève. Les détaillants se préparent d’ailleurs à cette inflation importée (lire ci-dessous).