A l’époque de son lancement, en 2004, le projet avait provoqué une levée de boucliers en France, menée par le directeur de la Bibliothèque nationale, Jean-Noël Jeanneney, qui y voyait la promesse d’une mainmise américaine sur l’héritage culturel européen. Des associations d’éditeurs avaient porté plainte, parvenant à bloquer le projet quelques mois. La BCU a-t-elle donc vendu son âme à l’ogre culturel anglo-saxon? «Pas du tout! Nous donnerons un peu d’âme vaudoise à Google», rétorque Hubert Villard, son directeur, fier d’avoir envisagé la proposition américaine «sans états d’âme» et d’un point de vue «non idéologique». Les livres numérisés seront tous libres de droits, donc issus de fonds du 17e, 18e, et 19e siècles. Parmi les 100?000 volumes, des œuvres de Hugo, de Balzac, Stendhal, Auguste Tissot, Charles Secrétan, ou d’Isabelle de Montolieu rejoindront la gigantesque base de d onnées de Google. «Nous devrons nous habituer à travailler avec les gens de Google, terriblement pros et efficaces, confie Hubert Villard. Pour eux, 100?000 ouvrages était un minimum pour participer à l’opération et nous avons eu du mal à les réunir.»

Pour le canton, ce partenariat est quasi miraculeux. Google prendra en charge tous les frais de numérisation et de transport des livres. Actuellement, la BCU travaille avec ASSY, une société lausannoise qui facture 50 centimes pour numériser une page, et ce sans reconnaissance de caractères, contrairement à ce que fait Google. Scanner 100?000 ouvrages à ce tarif aurait coûté plus de 6 millions de francs.

Google ouvrira cet été un centre dédié – dans un lieu encore à définir – où seront numérisés les ouvrages de la BCU ainsi que des quatre autres institutions européennes partenaires: la Bodleian Library d’Oxford, l’université Complutense de Madrid, la Bibliothèque de Catalogne et la Bayerische Staatsbibliothek de Munich.