L’industrie des enchères flambe comme jamais

RECORDS Avec près de 59 millions de francs de ventes en trois jours, Christie’s asseoit son leadership sur le secteur. Interview de son directeur pour l’Europe, François Curiel.

JOYAUX Pour les ventes aux enchères internationales de joaillerie et de montres, Genève est en tête du peloton, mais d’autres centres se sont développés durant les dix dernières années, comme New York et Hongkong.



Un total de 58,8 millions de francs. Telle est la somme des ventes de printemps orchestrées par Christie’s ces trois derniers jours à Genève. Soit bien plus que les autres, mais aussi une progression de 48% par rapport aux ventes de mai 2006 du numéro un mondial des enchères.
Autant dire que la maison Christie’s assoit désormais son leadership sur un secteur qui, depuis quelques années, flambe comme jamais. Jusqu’où peut donc croître l’industrie des enchères? Entretien avec celui que les experts surnomment «l’homme au marteau qui vaut 3 milliards de dollars», le commissaire-priseur et directeur pour l’Europe de Christie’s, François Curiel.

– En 2006, Christie’s a affiché des résultats records, dont les ventes en Suisse qui ont crû de 25% à près de 181 millions de francs. Comment expliquez-vous une telle croissance?

– Le principal facteur est bien sûr la bonne santé de l’économie internationale. Le monde de la finance et de l’industrie a affiché des résultats exceptionnels en 2006, qui ont généré énormément de liquidité. Une partie de ces fonds a été injectée dans le marché de l’art et nous profitons de ce phénomène. Il y a aussi, depuis deux ans, la participation accrue de collectionneurs venus de Chine et de Russie, qui sont très actifs dans les domaines de la joaillerie, du mobilier 18e et des tableaux Impressionnistes modernes. Enfin, nous avons bénéficié, surtout l’année dernière, de quelques facteurs exceptionnels.

– Lesquels?

– 2006 a vu la restitution de nombreuses œuvres spoliées par les nazis, dont certaines nous ont ensuite été confiées pour être vendues aux enchères. L’ensemble le plus important fut quatre tableaux de Gustave Klimt vendus à New York pour plus de 192 millions de dollars. Il y a aussi un tableau Ernst Ludwig Kirchner, Scène de Rue , qui s’est vendu 38 millions de dollars en novembre 2006 à New York, Les Tournesols de Schiele, 21,8 millions de dollars à Londres en juin 2006 et une collection de tableaux anciens appartenant à Jacques Goudstikker vendus à New York en avril 2007, 9,7 millions de dollars, le reste de sa collection sera vendu cette année.

– Peut-on estimer le marché mondial des enchères?

– Nous estimons le volume des ventes aux enchères à 11 milliards de dollars et, leaders du marché, nos ventes ont été de 4,67 milliards de dollars en 2006.

– Quel potentiel de croissance lui accordez-vous?

– Le marché de l’art est limité de part la nature des objets que nous vendons, car ce sont des œuvres uniques dont la plupart ne se font plus aujourd’hui. Les réserves de ces œuvres anciennes ne peuvent que diminuer avec le temps, qui a raison de certaines alors que d’autres sont souvent léguées à des musées. Mais, en parallèle à la raréfaction de certaines catégories d’œuvres d’art, d’autres se développent, comme l’art contemporain et la photographie, et certaines continuent sur leur lancée, comme la joaillerie. En effet, les mines de diamants, de saphirs, de rubis et d’émeraudes ne sont pas prêtes de s’épuiser…

– Il s’agit là d’une bonne nouvelle pour la place internationale qu’est Genève en matière d’enchères horlogères et joaillières…