Sarkozy s'ouvre à la gauche

Un gouvernement de quinze ministres a été formé hier en France pour engager les réformes promises par le nouveau président Nicolas Sarkozy. Un cabinet marqué par l'arrivée de Bernard Kouchner aux Affaires étrangères.

 

Après plusieurs jours d'intenses tractations, la composition du gouvernement a été annoncée au lendemain de la nomination comme premier ministre de François Fillon.

Pour la première fois en France, le principe de parité est appliqué au gouvernement: l'équipe ministérielle compte huit hommes et sept femmes, nouveau signe de la volonté de changement affichée par le président Sarkozy.

Principal symbole d'une «ouverture» promise vers la gauche, le socialiste Bernard Kouchner, 67 ans, entre au gouvernement. Le chef du Parti socialiste (PS), François Hollande, a annoncé peu après que le fondateur de Médecins sans frontières n'était «plus membre» du parti.

Benoît Hamon, député européen PS, a relevé que Bernard Kouchner «a rejoint un gouvernement qu'il comparait, il y a quelques semaines, à celui de Silvio Berlusconi».

Parmi les quatre secrétaires d'Etat nommés hier, deux sont également issus de la gauche. Jean-Pierre Jouyet, qui fut un proche de François Hollande, devient ainsi secrétaire d'Etat aux Affaires européennes.

Transfuge du PS, Eric Besson, qui avait rallié Nicolas Sarkozy durant la campagne, est secrétaire d'Etat «chargé de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques». Le portefeuille de la Défense va à Hervé Morin, un ancien lieutenant du leader centriste François Bayrou. Tous les autres ministres sont membres du parti de droite UMP.

Promotion très remarquée, celle de Rachida Dati, 41 ans, porte-parole de Nicolas Sarkozy durant la campagne électorale, nommée à la Justice.

Autre nouveauté: la création d'un Ministère de l'immigration et de l'identité nationale, un concept forgé par le président durant sa campagne et considéré par la gauche comme le signe d'une dérive possible vers l'extrême droite. Ce ministère sensible a été attribué à un ami personnel de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux.

Le gouvernement comprend en outre un grand Ministère de l'écologie, du développement et de l'aménagement durable, confié à Alain Juppé, ancien premier ministre de Jacques Chirac. Alain Juppé est le seul à bénéficier du titre de ministre d'Etat, ce qui en fait le numéro deux du gouvernement.

L'ex-ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, hérite du Ministère de l'économie et des finances. Son rôle sera essentiel dans la mise en œuvre des réformes d'inspiration libérale promises par Nicolas Sarkozy. La Culture a été confiée à Christine Albanel, qui était en charge de la gestion du domaine du château de Versailles. Le portefeuille de l'Intérieur revient à l'ancienne ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie.

Le nouveau gouvernement s'est réuni hier après-midi pour un premier Conseil des ministres présidé par Nicolas Sarkozy.