courbe du prix de l'essence carburant en francs suisse

L’essence flambe à nouveau. Juste pour les vacances!


Les automobilistes suisses comprennent vite quand on leur explique longtemps. Les voilà, tout doucement, qui se mettent à acheter des voitures diesel. Et à la veille du grand départ sur la route des vacances, ceux qui ont fait ce choix se frottent les mains.

En effet, rouler au diesel n’a jamais été aussi avantageux. Grande première, le prix de l’essence sans plomb – qui flirte aujourd’hui avec son record de 1,80 franc atteint l’été dernier – a dépassé depuis un mois celui du diesel. Le premier phénomène (la forte hausse printanière de l’essence sans plomb) est devenu un classique depuis quatre ou cinq ans. Cette année encore, le scénario se répète.

Pas la faute du brut

La raison de cette poussée de fièvre récurrente n’est pas à chercher du côté du prix du baril de brut, qui a même baissé de près de 10 dollars depuis un an, ni dans les inquiétudes géopolitiques. Plus simplement, les Américains, eux aussi, se préparent à prendre la route cet été. Ils consommeront des quantités colossales de carburant, bien plus que leurs raffineries sont capables de produire. Plutôt que d’augmenter leur production, les distributeurs américains ont pris l’habitude, dès le mois de mars, de siphonner les réserves européennes, provoquant une hausse des prix.

La hausse plus modérée du diesel comparée à l’essence, en revanche, est une nouveauté remarquable, en tout cas pour la Suisse. D’abord, d’un centime début mai, l’écart est monté jusqu’à 7 centimes il y a quinze jours. Même subtile, cette inflexion est historique. D’autant que la différence de prix avait toujours été de 10 à 12 centimes en défaveur du diesel, ce qui faisait de la Suisse une exception.

Alors que la plupart des pays européens faisaient la promotion de ce carburant en allégeant les taxes, la Suisse a choisi de l’imposer plus lourdement encore en invoquant la nocivité des microparticules que dégage sa combustion.

Les automobilistes eux aussi ont longtemps snobé ce type de moteurs, associés à l’image de vieilles guimbardes fumantes. Mais le vent tourne doucement: si les voitures diesel ne représentent aujourd’hui que 10% du parc automobile helvétique contre une moyenne européenne de 50% – jusqu’à 70% en Autriche – 30% des véhicules neufs vendus en Suisse roulent désormais au diesel.

Etrange retournement

Le succès de ces motorisations en Europe a même provoqué un étrange retournement du marché mondial.

L’Europe raffine dorénavant trop d’essence et pas assez de diesel. Les Américains, eux, ne consomment presque pas de diesel – la part de marché y est de 3,5% – mais ne produisent plus suffisamment d’essence.

Affaiblies par une série d’accidents et de cyclones, les raffineries américaines ne tournent qu’à 80% de leur capacité. D’où les énormes commandes passées dès le printemps pour assurer le pic de consommation estival. Cet échange entre une Europe qui raffine de l’essence dont elle a moins besoin et des Etats-Unis sous-dotés n’est certes «pas très malin», reconnaît Philippe Cordonnier, représentant romand de l’Union Pétrolière suisse, «mais globalement, les raffineurs investissent pour produire plus de diesel», assure-il. Et il en faudra. Pour le marché européen, mais pas seulement. Les automobilistes américains, assommés eux aussi par le prix de l’essence, pourraient revoir l’image déplorable qu’ils se font du diesel. Avec un peu de retard, comme les Suisses.