Comme l’explique Eric Chaney, économiste chez Morgan Stanley, «si les banques se mettent à chipoter avec leur argent, on arrivera forcément à un resserrement du robinet des crédits, ainsi qu’à une hausse des primes de risque exigées des débiteurs.» Et qui dit prêts plus chers dit moins d’investissements de la part des entreprises, et partant une activité économique ralentie. Et moins d’achats d’immobilier, avec ses répercussions sur la construction.❚

CRISE EN ALLEMAGNE Joschen Sanio, le président du gendarme de la Bourse de Francfort, n’y va pas de main morte: «L’Allemagne est menacée de la plus grave crise financière depuis 1931.» Et pour cause: plus l’affaire des crédits pourris américains se dévoile, plus on découvre outre-Rhin que même de «gentilles» banques régionales (similaires à nos banques cantonales) se sont frottées à la spéculation des «subprimes». L’une d’elles, IKB, spécialisée dans le financement des PME, se trouve carrément au bord de la faillite. Or, l’Allemagne reste notre premier marché d’exportation. Si la machine germanique devait se gripper, les entreprises helvétiques en pâtiraient fortement.

CAISSES DE PENSIONTOUCHÉES Pour l’heure, le climat est plutôt à la sérénité: «Les mouvements boursiers actuels sont une correction bienvenue, dans un marché des actions nettement surévalué», affirme ainsi Jean-Pierre Steiner, responsable de la caisse de pension de Nestlé. Et pourtant. La Bourse suisse vient de perdre en quelques jours l’entier des gains réalisés depuis le début de l’année. Risque-t-on dès lors de revivre les trous d’air qui, après 2001, avaient conduit les institutions du 2e pilier à diminuer le rendement obligatoire servi sur nos retraites de 4 à 2%? La réponse est, à ce jour, non. Pour trois raisons majeures. Les caisses de pension disposent actuellement de réserves suffisantes pour traverser l’orage. De plus, elles se sont couvertes contre les fluctuations boursières, au travers de produits financiers que l’on pourrait comparer à des assurances risques. Enfin, leurs engagements en actions ne dépassent pas, en moyenne, les 30%. Or, les obligations, et surtout les placements en immobilier, contrebalancent encore les pertes en Bourse. Mais si l’orage devait se transformer en cyclone, nos retraites seraient, à coup sûr, à nouveau rognées