Au plus fort de la crise du crédit, la Réserve fédérale américaine (Fed) avait tout juste consenti à baisser son taux d'escompte, mais pas son principal taux directeur, le "Fed funds". Mais c'est le "Fed funds", actuellement établi à 5,25%, qui devrait cette fois être abaissé à la prochaine réunion du 18 septembre, et de 50 points de base d'un coup, parient la plupart des analystes.

Au contraire, la Banque centrale européenne (BCE) semble prête à resserrer encore une fois les conditions du crédit, et à porter son taux directeur à 4,25%. Son président Jean-Claude Trichet a confirmé mardi le sentiment des investisseurs, en insistant sur la persistance des risques inflationnistes en zone euro.

"La BCE ne semble pas près de baisser ses taux d'intérêt, même si la Fed baisse les siens", relève Stuart Bennett, économiste chez Calyon. "Ce découplage entre la BCE et la Fed laisse envisager une progression continue de l'euro face au dollar", juge-t-il.

La divergence entre taux d'intérêt en zone euro et aux Etats-Unis joue en faveur de la devise européenne : elle érode en effet les rendements offerts par le dollar par rapport à l'euro.

"Notre objectif de 1,40 dollar pour un euro d'ici la fin de l'année pourrait bien être atteint plus tôt que nous ne le pensions", avance Audrey Childe-Freeman, économiste à la CIBC. A plus long terme toutefois, la baisse des taux d'intérêt américains pourrait être salutaire pour le dollar, considèrent certains analystes.

"Une baisse des taux pourrait être interprétée comme une réaction de la Fed à la faiblesse de l'économie américaine, comme une mesure de relance, ce qui serait bénéfique", estime par exemple Marios Maratheftis, économiste chez Standard Chartered

Les records de la monnaie unique jusqu'en juillet avaient suscité la polémique en zone euro, où une devise - relativement - forte n'est pas du goût de tous. La classe politique française en particulier s'était inquiétée des conséquences de la hausse de l'euro sur les entreprises exportatrices. Ses critiques à l'encontre de la BCE, accusée d'entretenir la hausse de l'euro par sa rigueur monétaire, avaient cependant été mal accueillies par ses partenaires européens.

Les Etats-Unis au contraire son beaucoup plus discrets sur l'évolution de leur devise, concentrant leurs efforts diplomatiques sur le taux de change avec le yuan chinois, considéré comme étant sous-évalué. Les analystes pensent que les autorités américaines ne voient pas forcément d'un mauvais oeil la baisse graduelle du dollar, outil de réduction des énormes déficits américains.