MM.Brin et Page ont eu l'idée, au début des années 2000, de s'appuyer sur les performances de leur moteur de recherche pour proposer aux annonceurs d'acheter des mots clés. Si ces derniers font l'objet d'une requête en ligne, leurs liens commerciaux s'affichent à droite des réponses aux requêtes.

Microsoft dispose du portail "MSN", dont une messagerie électronique (" MSN Messenger"), très populaire. Cette offre est financée, comme dans le cas de Google, par la vente d'espaces publicitaires (liens sponsorisés ou bandeaux plus classiques). Mais son moteur de recherche vient très loin derrière celui de Google. Et les revenus générés sont encore peu significatifs à l'échelle du groupe (4,7 % des 51,12milliards de dollars de chiffres d'affaires de Microsoft en 2007).

Or, le marché de l'"epub" pourrait passer de "40 milliards de dollars en 2007 à 80 milliards en 2010", a martelé, vendredi, M.Ballmer. Pas question pour Microsoft de se priver d'une telle manne.

Dans cette perspective, le rachat de Yahoo! fait sens. Sur les revenus publicitaires en ligne, le portail s'est largement fait distancer par Google. Mais il a récemment beaucoup investi pour revenir dans la course. Il a sorti une nouvelle version de sa plate-forme de vente de liens sponsorisés ("Panama"). Il a acquis la société BlueLithium, considérée comme une pépite. "Cette régie est la spécialiste du ciblage comportemental. Au lieu, comme Google, d'envoyer des publicités ciblées en fonction des requêtes formulées par les internautes, elle se base sur les différents sites visités par ces derniers", explique Laurent Geffroy, du cabinet spécialisé Greenwich Consulting.

"LA LIBERTÉ D'EXPRESSION MENACÉE"

"Microsoft et Yahoo! disposent toutes deux de très grosses bases d'utilisateurs grâce à leurs messageries électroniques. Les deux sociétés pourraient en profiter pour se lancer dans le développement de moteurs de recherche sociaux , exploitant les réseaux de connaissances des internautes", suggère Mme Simpson.

M.Ballmer a promis, vendredi, que la fusion dégagerait 1milliard de dollars d'économies par an. Il a insisté sur le fait que, fusionnées, les deux sociétés pourraient davantage investir dans des capacités de stockage. Maintenir la pertinence d'un moteur de recherche alors que l'Internet ne cesse de croître nécessite en effet d'énormes et coûteuses "fermes" de serveursinformatiques.

Certains voulaient déjà voir, vendredi, le virage radical de Microsoft sur l'Internet. Cofondé en 1975 par Bill Gates (qui quittera définitivement la société cet été) et Paul Allen, Microsoft symbolise l'ère du PC. L'éditeur américain a bâti son succès en vendant des logiciels sous forme de licences. Un modèle économique très lucratif : Windows, son système d'exploitation, dispose encore d'une part de marché de plus de 90 % sur les PC et génère une bonne part de son bénéfice.

Mais ce modèle est aujourd'hui menacé par la montée en puissance des logiciels "libres" (qu'on peut utiliser, modifier ou distribuer librement). Et par Google ou des éditeurs comme Salesforce.com, qui louent les logiciels, ou en cèdent l'usage et se rémunèrent avec la publicité. Les logiciels sont stockés quelque part sur Internet et non plus sur le disque dur des PC comme dans le cas des produits Microsoft.

D'autres s'interrogeaient aussi, vendredi, sur les difficultés que pourrait rencontrer Microsoft à absorber une société d'une culture si différente. "Cette fusion créera un duopole qui pourrait menacer la liberté d'expression sur Internet", dénonçait pour sa part Jeff Chester, du Center for Digital Democracy, à Washington.

Google est-il en danger à moyen terme? La plupart des spécialistes estiment que la société de Mountain View conserve une avance confortable sur la recherche et la publicité en ligne. Elle y consacre encore l'essentiel de ses ressources (Google disposait d'une trésorerie de 14milliards de dollars au 31décembre 2007), même si elle s'est beaucoup diversifiée.

Pourtant, ses dirigeants seraient conscients du danger. Est-ce pour cela qu'ils embauchent tant (la société est passée de 6000 à 17000 salariés en trois ans)? "Quand Google recrute un ingénieur, ils se disent : encore un que Microsoft n'aura pas ", confiait récemment un ex-responsable du groupe, en Californie.

Cécile Ducourtieux