C'est exactement ce que vient de faire la Compagnie Financière Tradition (CFT), sise à Lausanne et numéro trois mondial de l'intermédiation financière. Un exploit! Pour l'heure, en effet, seules les deux grandes banques suisses ont des filiales réellement implantées dans le Céleste Empire.

De leur côté, les banques privées genevoises, si elles ne négligent en rien le marché chinois, dirigent actuellement leurs activités depuis Singapour ou Hongkong. Or il y a quelques jours seulement, la CFT a annoncé avoir créé une société commune, sise à Shenzhen, avec le numéro deux de l'assurance en Chine, Ping An. «Ni eldorado ni enfer»

Mais cela dit, la Chine est encore très loin d'être, pour les banques, la terre d'accueil que peut être la Suisse. Aujourd'hui encore, ne cherchez pas un magnifique building à Shanghai, où brillerait UBS ou Credit Suisse. Comme l'affirme le banquier privé genevois et président de l'ASB, Pierre Mirabaud: «Pour moi, la Chine ne représente ni un eldorado ni un enfer, mais simplement un marché porteur à très forte croissance.» Cet enthousiaste prudent s'explique aisément, malgré les 800 milliards de dollars d'épargne qui dorment dans les banques d'Etat.

«Le marché chinois est, à l'heure actuelle, aussi important qu'il est difficile, résume Urs Roth. Les autorités de Pékin restreignent encore fortement l'accès des banques étrangères, en imposant par exemple qu'un institut qui voudrait faire de la gestion de fortune ou de l'investment banking soit allié à une banque nationale.» Or ces dernières, telle la Bank of China (dans laquelle UBS a pris une participation de 500 millions de dollars) ou la Banque de Construction ont eu une gestion des risques de crédits si inexistante qu'on peut parler, ici, d'une véritable crise communiste des subprime!