À CHACUN sa vérité. En avril, le nombre de
chômeurs en Grande-Bretagne a encore reculé à 1,67 million, soit 5,5 % des
actifs. Du moins selon les données officielles de l'Office national des
statistiques publiées mardi. Ce même jour, un chercheur de l'Université de
Sheffield Hallam a dévoilé sa propre évaluation : la population des sans-emploi
atteint 2,7 millions. De taille, la différence tient en deux mots :
incapacity benefit.
Au Royaume-Uni, 2,7 millions de
Britanniques touchent une pension d'invalidité ou une allocation maladie de
longue durée. Pour l'ONS, ils n'entrent pas dans les statistiques du chômage.
Pour le professeur Steve Fothergill, 40 % de ces « handicapés » devraient être
comptabilisés.
« Cela ne signifie pas que ces allocataires fraudent,
mais ces hommes et ces femmes travailleraient certainement dans un vrai contexte
de plein-emploi », précise-t-il. Preuve qu'il s'agit de chômage
caché, la concentration des inaptes au travail est élevée dans les anciens
centres industriels, comme Glasgow ou Liverpool. Le taux de chômage y dépasse
10 %.
Du coup, son recul à l'échelle nationale
est, suivant la méthodologie de Steve Fothergill, moins fort que ne le trompette
le gouvernement. Et la baisse se concentre sur les cinq premières années de la
décennie Blair : - 560 000 entre 1997 et 2002, - 10 000 depuis. Une grande part
des 2 millions d'emplois créés en dix ans a été absorbée par l'immigration, des
retraites plus tardives et une hausse de l'activité des femmes. En 1981, on
comptait 570 000 « malades inemployables ». En un quart de siècle, leur nombre a
donc presque quintuplé !
Contrôles multipliés
Le bond s'explique par un effet pervers
du système social. Il est plus facile et plus avantageux d'être indemnisé comme
invalide que comme chômeur. Pour toucher l'équivalent de 87 euros par semaine,
le demandeur d'emploi doit pointer à son agence toutes les deux semaines, faire
preuve de ses recherches et encore peut-il perdre son allocation si le salaire
de son conjoint augmente. Une fois obtenu son certificat médical, le handicapé
reçoit 111 euros hebdomadaire au bout d'un an, sans autre formalité qu'une
visite à un médecin tous les deux ou trois ans et quels que soient les revenus
annexes du ménage. Pour les anciens dockers, mineurs et autres soudeurs,
victimes d'accidents du travail plus ou moins graves, le calcul est vite fait.
Pour l'État aussi : le coût annuel dépasse 18 milliards d'euros.
Pour renverser la tendance,
« héritage honteux du thatchérisme », le gouvernement Blair
a débloqué début 2006 des centaines de millions pour faciliter la réinsertion
des malades de longue durée. Il a aussi multiplié les contrôles et menacé de
réduire les allocations des plus récalcitrants. Officiellement, le plan ne vise
pas à contraindre les handicapés à l'activité, mais
« à leur fournir
l'aide permettant de libérer leurs
talents ».